LIVRE I.
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CHAPITRE II.
Des premières Sociétés.
La plus ancienne de toutes les sociétés, et la seulenaturelle, est celle de la famille ; encore les enfantsne restent-ils liés au père qu’aussi long temps qu’ilsont besoin de lui pour se conserver. Sitôt que cebesoin cesse , le lien naturel se dissout. Les enfants ,exempts de l’obéissance qu’ils dévoient au père; lepère, exempt des soins qu’il devoit aux enfants,rentrent tous également dans l'indépendance. S’ilscontinuent de rester unis, ce n’est plus naturelle-ment, c’est volontairement; et la famille elle-mêmene se maintient que par convention.
Celte liberté commune est une conséquence dela nature de l'homme. Sa première loi est de veillerà sa propre conservation, scs premiers soins sontceux qu’il se doit à lui-même; et, sitôt qu’il est enAge de raison, lui seul étant juge des moyens pro-pres a le conserver, devient par là son propremaître.
La famille est donc, si l’on veut, le premier mo-dèle des sociétés politiques : le chef est l'image dupère , le peuple est l’image des enfants ; et tous,étant nés égaux et libres, n’aliènent leur liberté quepour leur utilité. Toute la différence est que, dansla famille, l'amour du père pour scs enfants le paiedes soins qu’il leur rend ; et que, dans l'état , leplaisir de commander supplée à cet amour que lechef n’a pas pour scs peuples.