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Tome I.
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LIVRE I.

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A l'égard du droit de conquête , il n'a d’autre fon-dement que la loi du plus fort. Si la guerre ne donnepoint au vainqueur le droit de massacrer les peu-ples vaincus, ce droit, qu’il n’a pas , ne peut fondercelui de les asservir. On n’a le droit de tuer l’en-nemi que quand on ne peut le faire esclave; le droitde le faire esclave ne vient donc ,pas du droit de lehier : c’est donc un échange inique de lui faire ache-ter au prix de sa liberté sa vie, sur laquelle on n’aaucun droit. En établissant le droit de vie et de mortsur le droit d’esclavage, et le droit d’esclavage surle droit de vie et de mort, n'est-il pas clair qu'ontombe dans le cercle vicieux?

En supposant même ce terrible droit do tout tuer,je dis qu’un esclave fait a la guerre, ou un peupleconquis, n'est tenu à rien du tout envers son maî-tre, qu’a lui obéir autant qu’il y est forcé. En pre-nant un équivalent à sa vie, le vainqueur ne lui ena point fait grâce : au lieu de le tuer sans fruit, ill’a tué utilement. Loin donc qu’il ait acquis surlui nulle autorité jointe a la force, l’état de guerresubsiste entre eux comme auparavant, leur relationmême en est 1’eflct ; et l’usage du droit de la guerrene suppose aucun traité de paix. Us ont fait une con-vention ; soit : mais cette convention, loin de dé-truire l’état de guerre, en suppose la continuité.

Ainsi, de quelque sens qu'on envisage les choses,le droit d’esclavage est nul, non-seulement parcequ'il est illégitime, mais parce qu’il est absurdeet ne signifie rien. Ces mots , esclavage et droit,sont contradictoires; ils s’excluent mutuellement.9 . 8