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Tome I.
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LIVRE II.

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faire dans des lieux éloignés ; mais le peuple a moinsd’affection pour ses chefs , qu’il ne voit jamais, pourla patrie, qui est à ses yeux comme le monde, etpour ses concitoyens , dont la plupart lui sont étran-gers. Les memes lois ne peuvent convenir à tant deprovinces diverses qui ont des mœurs différentes,qui vivent sous des climats opposés, et qui ne peu-vent souffrir la même forme de gouvernement. Deslois différentes n’engendrent que trouble et confu-sion parmi des peuples qui, vivant sous les mêmeschefs et dans une communication continuelle , pas-sent ou se marient les uns çliez les autres, et, sou-mis à d’autres coutumes, ne savent jamais si leurpatrimoine est bien a eux. Les talents sont enfouis,les vertus ignorées , les vices impunis , dans cettemultitude d’hommes inconnus les uns aux autres,que le siège de l’administration suprême rassembledans un même lieu. Les chefs , accablés d’affaires ,ne voient rien par eux-mêmes ; des commis gouver-nent l’état. Enfin les mesures qu’il faut prendrepour maintenir l’autorité générale, à laquelle tantd’officiers éloignés veulent se soustraire ou en impo-ser, absorbent tous les soins publics; il n’en resteplus pour le bonheur du peuple, à peine en reste-t-il pour sa défense au besoin; et c’est ainsi qu’uncorps trop grand pour sa constitution s’affaisse etpérit écrasé sous son propre poids.

D’un autre côté , l’état doit se donner une certainebase pour avoir de la solidité , pour résister aux se-cousses qu'il ne manquera pas d’éprouver, et auxefforts qu'il sera contraint de faire pour se soutenir: