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Tome I.
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LIVRE II.

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faut ajouter une qui ne peut suppléer à nulle autre,mais sans laquelle elles sont toutes inutiles; c'estqu’on jouisse de l’abondance et de la paix ; car letemps où s’ordonne un état est, comme celui où seforme un bataillon, l'instant où le corps est le moinscapable de résistance et le plus facile à détruire.On résisteroit mieux dans un désordre absolu quedans un moment de fermentation, où chacun s’oc-cupe de son rang et non du péril. Qu’une guerre,une famine, une sédition survienne en ce temps decrise, l'état est infailliblement renversé.

Ce n'est pas qu’il n’y ait beaucoup de gouverne-ments établis durant ces orales ; mais alors ce sontces gouvernements memes qui détruisent l’état. Lesusurpateurs amènent ou choisissent toujours cestemps de troubles pour faire passer, à la faveur del'effroi public, des lois destructives que le peuplen’adopteroit jamais de sang froid. Le choix du mo-ment de l'institution est un des caractères les plussûrs par lesquels on peut distinguer l’œuvre du lé-gislateur d’avec celle du tyran.

Quel peuple est donc propre à la législation? Celuiqui, se trouvant déjà lié par quelque union d'origine,d’intérêt ou de convention, n’a point encore portéle vrai joug des lois; celui qui n’a ni coutujnes, nisuperstitions bien enracinées ; celui qui ne craintpas d’être accablé par une invasion subite ; qui,sans entrer dans les querelles de ses voisins, peutrésister seul à chacun d’eux, ou s’aider de l’un pourrepousser l’autre ; celui dont chaque membre peutêtre connu de tous , et où l'on n’est point forcé de9 . 12