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DU CONTRAT SOCIAL.
charger un homme d’un plus grand fardeau qu’unhomme ne peut porter ; celui qui peut se passer desautres peuples, et dont tout autre peuple peut sepasser («), celui qui n’est ni riche ni pauvre , etpeut se suffire à lui-même ; enfin celui qui réunit laconsistance d’un ancien peuple avec la docilité d’unpeuple nouveau. Ce qui rend pénible l’ouvrage dela législation est moins ce qu'il faut établir que ce qu'ilfaut détruire; et ce qui rend le succès si rare , c’estl'impossibilité de trouver la simplicité de la naturejointe aux besoins de la société. Toutes ces condi-tions , il fcst vrai, se trouvent difficilement rassem-blées : aussi voit-on peu d’états bien constitués.
Il est encore en Europe un pays capable de lé-gislation; c’est l'ilc de Corse. La valeur et la con-stance avec laquelle ce brave peuple a su recouvreret défendre sa liberté, meriteroient bien que quel-que homme sage lui apprît à la conserver. J’ai quel-que pressentiment qu’un jour cette petite île éton-nera l’Europe .
(a) Si de deux peuples voisins l’un ne poùvoit se passer del’autre, ce seroit une situation très-dure pour le premier, ettrès-dangereuse pour le second. Toute nation sage, en pareilcas, s’efforcera bien vile de délivrer Vautre de cette dépen-dance. La république de Tlilascala , enclavée dans l’empire duMexique , aima mieux se passer de sel que d’en acheter desMexicains, cl meme que d’en accepter gratuitement. Les sagesThlascalans virent le piège caché sous cette libéralité. Ils seconservèrent libres; et ce petit état, enfermé dans ce grandempire , fut enfin l’instrument de sa ruine.