LIVRE III. 143
ainsi dans le despotisme ou dans l’anarchie. Enfin,comme il n’y a qu'une moyenne proportionnelle entrc chaque rapport, il n'y a non plus qu'un bon gou-vernement possible dans un état : mais comme milleévénements peuvent changer les rapports d’un peu-ple , non-seulement différents gouvernements peuventêtre bons à divers peuples, mais au même peupleen différents temps.
Pour tâcher de donner une idée des divers rap-ports qui peuvent régner entre ces deux extrêmes,je prendrai pour exemple le nombre du peuple,comme un rapport plus facile à exprimer.
Supposons que l’état soit composé de dix millecitoyens. Le souverain ne peut être considéré quecollectivement et en corps ; mais chaque particu-lier, en qualité de sujet, est considéré comme in-dividu : ainsi le souverain est au sujet comme dixmille est à un; c’est-à-dire que chaque membre del’état 11 ’a pour sa part que la dix-millième partie del’autorité souveraine, quoiqu’il lui soit soumis toutentier. Que le peuple soit composé de cent millehommes, l’état des sujets ne change pas, et chacunporte également tout l'empire des lois, tandis queson suffrage, réduit à un cent-millième, a dix foismoins d'influence dans leur rédaction. Alors le su-jet restant toujours un, le rapport du souverain aug-mente en raison du nombre des citoyens. D’où ilsuit que, plus l’état s'agrandit, plus la libertédiminue
Quand je dis que le rapport augmente , j’entendsqu’il s’éloigne de l’égalité. Ainsi, plus le rapport est