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Tome I.
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DU CONTRAT SOCIAL.

Il y a cette différence essentielle entre ces deuxcorps , que l'état existe par lui-même , et que legouvernement n'existe que par le souverain. Ainsi jla volonté dominante du prince n’est ou ne doit jêtre que la volonté générale ou la loi ; sa force n’est î

que la force publique concentrée en lui : sitôt qu’il !

veut tirer de lui-même quelque acte absolu et in- jdépendant, la liaison du tout commence à se re- ;lâcher. S’il arrivoit enfin que le prince eut unevolonté particulière plus active que celle du sou-verain , et qu’il usât, pour obéir à cette volontéparticulière, de la force publique qui est dans sesmains, en sorte qu’on eût, pour ainsi dire, deuxsouverains, l’un de droit et l’autre de fait, a l’in-stant l’union sociale s’évanouiroit, et le corps politi-que seroit dissous. I

Cependant, pour que le corps du gouvernement \ait une existence, une vie réelle qui le distingue ducorps de l'état; pour que tous ses membres puissentagir de concert et répondre à la fin pour laquelleil est institué, il lui faut un moi particulier, unesensibilité commune a ses membres, une force, unevolonté propre qui tende à sa conservation. Cetteexistence particulière suppose des assemblées, desconseils , un pouvoir de délibérer, de résoudre, desdroits , des titres, des privilèges, qui appartiennentau prince exclusivement, et qui rendent la condi-tion du magistrat plus honorable à proportion qu’elleest plus pénible. Les difficultés sont dans la manièred’ordonner, dans le tout, ce tout subalterne, desorte qu’il n’altère point la constitution générale en