158 DU CONTRAT SOCIAL.
sénateurs que par une multitude inconnue ou mé-prisée.
En un mot, c’est l’ordre le meilleur et le plusnaturel que les plus sages gouvernent la multi-tude, quand on est sur qu’ils la gouverneront pourson profit, et non pour le leur. Il ne faut point mul-tiplier en vain les ressorts, ni faire, avec vingt millehommes, ce que cent hommes choisis peuvent faireencore mieux. Mais il faut remarquer que l'intérêtde corps commence à moins diriger ici la force pu-blique sur la régie de la volonté générale, et qu’uneautre pente inévitable enlève aux lois une partie dela puissance exécutive.
A l’égard des convenances particulières, il ne fautni un état si petit, ni un peuple si simple et si droit,que l’exécution des lois suive immédiatement de lavolonté publique, comme dans une bonne démo-cratie. Il ne faut pas non plus une si grande nation,que les chefs épars pour la gouverner puissent tran-cher du souverain chacun dans son département ,et commencer par se rendre indépendants pour de-venir enfin les maitres.
Mais si l'aristocratie exige quelques vertus demoins que le gouvernement populaire , elle en exigeaussi d'autres qui lui sont propres, comme la mo-dération dans les riches, et le contentement dansles pauvres ; car il semble qu’une égalité rigoureusey seroit déplacée; elle ne fut pas même observée aSparte .
Au reste, si cette forme comporte une certaineinégalité de fortune, c’cst bien pour qu’en général