LIVRE III.
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crie que le meilleur moyen de l’être est de se faireaimer de leurs peuples. Cette maxime est très-belle,et même très-vraie à certains égards : malheureuse-ment on s’en moquera toujours dans les cours. Lapuissance qui vient de l’amour des peuples est sansdoute la plus grande ; mais elle est précaire et con-ditionnelle 5 jamais les princes ne s’en contenteront.Les meilleurs rois veulent pouvoir être méchantss’il leur plaît, sans cesser d’être les maîtres. Unsermoneur politique aura beau leur dire que laforce du peuple étant la leur, leur plus grand inté-rêt est que le peuple soit florissant, nombreux, re-doutable ; ils savent très-bien que cela 11’est pasvrai. Leur intérêt personnel est premièrement quele peuple soit foible, misérable, et qu’il ne puissejamais leur résister. J’avoue que, supposant les su-jets toujours parfaitement soumis, l’intérêt du princeseroit alors que le peuple fut puissant, afin quecette puissance étant sienne le rendit redoutableà ses voisins ; mais comme cet intérêt n’est que se-condaire et subordonné,. et que les deux supposi-tions sont incompatibles, il est naturel que les prin-ces donnent tonjours la préférence à la maxime quileur est le plus immédiatement utile. C’est ce queSamuel représentoit fortement aux Hébreux : c’estce que Machiavel a fait voir avec évidence. En fei-gnant de donner des leçons aux rois, il en a donnéde grandes aux peuples. Le Prince de Machiavel estle livre des républicains (a).