LIVRE III.
179
CHAPITRE X.
De l’abus du Gouvernement, et de sa pente A dégénérer.
Comme la volonté particulière agit sans cesse con-tre la volonté générale , ainsi le gouvernement fait
ciim pars servitutls es set *. Ne verrons-nous jamais dans les maxi-mes des livres l’intérêt grossier qui fait parler les auteurs ?Non; quoi qu’ils en puissent dire , quand, malgré son éclat,un pays se dépeuple, il n’est pas vrai que tout aille bien ; etil ne suffit pas qu’un poète ait cent milte livres de rente pourque son siècle soit le meilleur de tous. 11 faut moins regarderau repos apparent et à la tranquillité des chefs, qu’au bien-êtredes nations entières, et surtout des états les plus nombreux.La grcle désole quelques cantons, mais elle fait rarement di-sette. Les émeutes, les guerres civiles, effarouchent beaucouples chefs ; mais elles ne font pas les vrais malheurs des peuples,qui peuvent même avoir du reldclie, tandis qu’on dispute \qui les tyrannisera. C’est de leur état permanent que naissentleurs prospérités ou leurs calamités réelles : quand tout resteécrasé sous le joug, c’est alors que tout dépérit; c’est alorsque les chefs, les détruisant à leur aise, mW solitudinemfaclunt,pacem appellant **. Quand les tracasseries des grands agitoientle royaume de France, et que le coadjuteur de Paris portoitau parlement un poignard dans sa poche , cela n’empêchoitpas que le peuple françois ne vécût heureux et nombreux dansune honnête et libre aisance. Autrefois la Grèce florissoit ausein des plus cruelles guerres; le sang y couloit ù flots, et toutle pays étoit couvert d’hommes. Il sembloit, dit Machiavel ,
* Tac., Agric., 21.—** Tac., Agric., 3i.