182 DU CONTRAT SOCIAL.
qu’il cède : autrement l’état qu’il soutient tomberoiten ruine.
Le cas de la dissolution de l’état peut arriver dedeux manières.
Premièrement, quand le prince n’administre plusl’état selon les lois, et qu’il usurpe le pouvoir souve-rain. Alors il se fait un changement remarquable jc’est que, non pas le gouvernement, mais l’état se
comme l’a prouvé Machiavel , qu\\ l'établissement tics tribuns;alors seulement il y eut un vrai gouvernement et une vérita-ble démocratie. En effet, le peuple alors n’étoit pas seulementsouverain, mais aussi magistrat et juge; le sénat n’éloit qu’untribunal en sous-ordre, pour tempérer et concentrer le gou-vernement ; et les consuls eux-mêmes, bien que patriciens,bien que premiers magistrats, bien que généraux absolus à laguerre, n’étoient à Rome que les présidents du peuple.
Dès-lors on vit aussi le gouvernement prendre sa pente na-turelle et tendre fortement à l’aristocratie. Le patricial s’abo-lissant comme de lui-même, l’aristocratie n’étojt plus dans lecorps des patriciens comme elle est à Venise et à Gênes , maisdans le corps du sénat, composé de patriciens et de plébéiens,même dans le corps des tribuns quand ils commencèrent d’u-surper une puissance active : car les mots ne font rien auxchoses ; et quand le peuple a des chefs qui gouvernent pourlui, quelque nom que portent ces chefs, c’est toujours unearistocratie.
De l’abus de l’aristocratie naquirent les guerres civiles et letriumvirat. Sylla, Jules César, Auguste , devinrent dans le'fait de véritables monarques; et enfin , sous le despotisme deTibère , l’état fut dissous. L’histoire romaine ne dément doncpas mon principe ; elle le confirme.