LIVRE III.
189
une , et l’on ne peut la diviser sans la détruire. Ensecond lieu, une ville, non plus qu’une nation , nepeut être légitimement sujette d’une autre, parceque l’essence du corps politique est dans l’accordde l’obéissance et de la liberté , et que ces mots desujet et de souverain sont des corrélations iden-tiques dont l’idée se réunit sous le seul mot decitoyen.
Je réponds encore que c’est toujours un mald’unir plusieurs villes en une spule cité ; et que,voulant faire cette union, l’on ne doit pas se flatterd on éviter les inconvénients naturels. Il ne fautpoint objecter l’abus des grands états h celui quin’en veut que de petits. Mais comment donner auxpetits états assez de force pour résister aux grands ?Comme jadis les villes grecques résistèrent au grandroi, et comme plus récemment la Hollande et laSuisse ont résisté à la maison d’Autriche .
Toutefois , si l’on ne peut réduire l’ctat à dejustes bornes , il reste encore une ressource ; c’estde 11’y point souffrir de capitale, de faire siéger legouvernement alternativement dans chaque ville,et d’y rassembler aussi tour-à-tour les états du pays.
Peuplez également le territoire, étendez-y par-tout les mêmes droits, portez-y partout l’abondanceet la vie ; c'est ainsi que l’état deviendra tout à lafois le plus fort et le mieux gouverné qu’il soit pos-sible. Souvenez-vous que les murs des villes ne seforment que du débris des maisons des champs. Achaque palais que je vois élever dans la capitale, jecrois voir mettre en masures tout un pays.