LIVRE III.
191
les efforts redoublés du gouvernement: c’est ainsique, la force résistante augmentant sans cesse, l'au-torité souveraine s’évanouit a la fin, et que la plupartdes cités tombent et périssent avant le temps.
Mais entre l'autorité souveraine et le gouverne-ment arbitraire il s’introduit quelquefois un pouvoirmoyen dont il faut parler.
CHAPITRE XV.
Des Dépulcs ou Représentants.
Sitôt que le service public cesse d’être la prin-cipale affaire des .citoyens , et qu’ils aiment mieuxservir de leur bourse que de leur personne, l’étatest déjà près de sa ruine. Faut-il marcher au com-bat, ils paient des troupes et restent chez eux; faut-ilaller au conseil, ils nomment des députés et restentchez eux. A force de paresse et d’argent, ils ont enfindes soldats pour asservir la patrie, et des représen-tants pour la vendre.
C’est le tracas du commerce et des arts, c’estl’avide intérêt du gain, c’est la mollesse et l’amourdes commodités, qui changent les services person-nels en argent. On cède une partie de son profit pourl’augmenter à son aise. Donnez de l’argent^et bien-tôt vous aurez des fers. Ce mot de finance est unmot d’esclave \ il est inconnu dans la cité. Dans unétat vraiment libre, les citoyens font tout avec leursbras , et rien avec de l’argent ; loin de payer pours’exempter de leurs devoirs, ils paieroient pour les