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Tome I.
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DU CONTRAT SOCIAL.

La censure maintient les mœurs en empêchantles opinions de se corrompre, en conservant leurdroiture par de sages applications , quelquefoismême en les fixant lorsqu’elles sont encore incer-taines. L’usage des seconds dans les duels , portéjusqu’à la fureur dans le royaume de France, y futaboli par ces seuls mots d’un édit du roi, « Quant» à ceux qui ont la lâcheté d’appeler des seconds. »Ce jugement, prévenant celui du public, le [déter-mina tout d’un coup. Mais quand les mêmes éditsvoulurent prononcer que c’étoit aussi une lâchetéde se battre en duel, ce qui est très-vrai, maiscontraire à l’opinion commune , le public se moquade cette decision, sur laquelle son jugement étoitdéjà porté.

J’ai dit ailleurs (a) que l’opinion publique n’étantpoint 'soumise à la contrainte, il n’en falloit aucunvestige dans le tribunal établi pour la représenter.On ne peut trop admirer avec quel art ce ressort,entièrement perdu chez les modernes , étoit mis enœuvre chez les Romains , et mieux chez les Lacé-démoniens.

Un homme de mauvaises mœurs ayant ouvert unbon avis dans le conseil de Sparte , les éphores,sans en tenir compte, firent proposer le même avispar un citoyen vertueux (* *). Quel honneur pour l’u n,

(a) Je ne fais qu’indiquer dans ce chapitre ce que j’ai traitéplus au long dans la lettre à M. d’Alembcrt.

(*) PLUTARQUE , Dicls notables des Lacédémoniens , § 69. Lememe trait est rapporté par Montaigne , livre il, chapitre 3i.