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Tome II.
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JUGEMENT

qu’on feignoit de leur confier (*). C’étoit un piège auxpouvoirs intermédiaires semblable à celui que leuravoit déjà tendu Henri IV à l’assemblée de Rouen ,piège dans lequel la vanité les fera toujours donner,et qui les humiliera toujours (**). L’ordre politi-que et l’ordre civil ont, dans les monarchies, desprincipes si différents et des règles si contraires,qu’il est presque impossible d”allier les deux admi-nistrations , et qu’en général les membres des tribu-naux sont peu propres pour les conseils ; soit quel’habitude des formalités nuise à l’expédition desaffaires qui n’en veulent point, soit qu’il y ait uneincompatibilité naturelle entre ce qu’on appellemaxime d’état et la justice et les lois.

Au reste, laissant les faits à part, je croirois ,quant à moi, que le prince et le philosophe pou-voient avoir tous deux raison sans s’accorder dans

(*) Marmoutel, dans le chap. 3 de son ouvrage sur la Ré-gence du duc d’Orléans , fait connoître la composition desconseils dont il s’agit, et l’intérêt qui fit établir cette formed’administration , intérêt qui n’étoit rien moins que celui del’état. Ce qu’en dit ici Rousseau est parfaitement confirmé parle récit de l’historien.

(**) Voyez les Mémoires de Sully, livre vm, année 1596 .—Sully prouve que le consentement donné par le roi é l’éta-blissement du Conseil de raison propose par les notables et tirede leur corps pour l’administration d’une partie des fondspublics, étoit une suite nécessaire de la parole qu’il avoitdonnée de se conformer aux résolutions de cette assemblée ,et qu’il ne pouvoit en agir autrement dans la position délicateoù il se trouvoit.