35
sait île longues heures en contemplation devant cechef-d’œuvre brisé, regrettant de ne pouvoir lui rendresa splendeur première et s’irritant de son impuissanceà exprimer la perfection de ce qui en restait. 11 reve-nait ainsi chaque jour, de plus en plus épris; enfin sapassion artistique arriva à un tel degré d’exaltation,qu’il résolut de l’enlever. Il avait une clef du temple.Une nuit il vint, l’émotion dans le cœur, la pâleur surle visage, se glissant le long du mur comme un mal-faiteur, ouvrit la porte, saisit la tête d’une main trem-blante, et s’enfuit comme un fou.
11 passa le reste de la nuit à contempler sa conquêteavec amour, avec avidité. Pendant la journée du len-demain il demeura enfermé chez lui, soit que le joureût amené les remords, soit qu’il fût en proie à cetteprostration que détermine chez un homme exalté lapossession d’un objet longtemps désiré.
RI. Pittakis, de son côté, s’était aperçu de la dispa-rition du morceau, qu’il regardait comme un des plusprécieux de la collection. Il était désolé; il avait inter-rogé sévèrement le gardien. Rien n’avait pu expliquercette absence extraordinaire ; car le jeune étranger eûtété, certes, la dernière personne qu’il eût soupçonnée.11 s’en allait donc plus triste qu’un avare volé, quand