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acheteurs. Là, le Persan spirituel et artiste, avec sonlong bonnet de fourrure d’Astrakhan , le libre Circas-sien, avec sa boîte de cartouches sur la poitrine , lesGrecs rayas misérables et mal vêtus ; le Bulgare avecsa calotte aplatie entourée d’une couronne de fourrures;le juif vêtu du sombre bénich aux larges manches etcoiffé d’un bonnet noir serré par un mouchoir bleu;l’Arménien portant sur sa tête l’énorme calpak sem-blable à un potiron, les Busses d’Odessa, les Serbes duDanube , les Arabes à la ligure bronzée, passent et re-passent devant le Turc grave et hautain qui est accroupisur une estrade devant son échoppe, et qui fume silen-cieusement son chibouk.
Dans la foule circulent ceux qui vendent aux enchèreset qui parcourent les groupes en disant à haute voix leprix de l’objet à vendre.
Le marchand turc a des mœurs particulières ; lerepos est sa passion dominante. Il vit dans la crainteincessante de voir apparaître devant lui la figure dequelque acheteur. — Que de fois je me suis occupé àconsidérer quelques-uns de ces graves fumeurs, non-chalamment couchés, et aspirant avec une lente vo-lupté les parfums du narghilé. Leurs mains distraiteségrainaient lentement un chapelet en bois d’aloès; leurs