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petit fleuve qui vient se jeter dans le lïosphore, et quicoule mollement au milieu de grasses prairies ; tout celaanimé , poétisé par des costumes divers, par la variétédes tons, par le mouvement des ombres, par les con-trastes de la nature. Des vols d’oiseaux de mer rasentle ca'ik en criant, pendant que passent et se croisentsur le canal des embarcations de toute sorte, depuisle simple caïk a un seul rameur, jusqu’aux barquesdorées du sultan , depuis le lourd bateau qui transported’une rive a l’autre les paysans des villages, jusqu’auyacht effilé qui penche son mât jusqu’à fleur d’eau, leléger brigantin grec et le navire chargé des cuivres deTrébizonde , le grand vaisseau de guerre montrant lesbouches noires de ses canons, et le paquebot rapide,hôte nouveau de ces parages dont il sera bientôt le sou-verain. Et, pour combler la mesure, on voit se déroulerce panorama magnifique, sans l’aligne, sans mouve-ment, pendant que la fumée du chibouk monte vers leciel en spirales bleues.
Selon le caprice du moment, on fait entrer son ca'ikdans un des mille petits ports que forment les décou-pures de la côte, aujourd’hui pour visiter Arnaout-kcuïet revenir a pied jusqu’au grand Champ-des-Morts ;