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On éprouve un vrai bonheur, en sortant de ce tristespectacle, il se retrouver sous l'ombrage des beaux pla-tanes qui ornent l’entrée du Champ-des-Morts.
Si, au lieu de sortir de la Corne-d’Or par son em-bouchure , on remonte dans l’intérieur du port à traversles rues maritimes d’une ville de vaisseaux; si on passeau-dessous d’un pont bottant qui clôt l’arsenal de lamarine impériale, on voit les rives de la Corne-d’Or serapprocher peu à peu, et on arrive ainsi, en suivant lecol rétréci du golfe, à une petite rivière calme et lim-pide qui coule au milieu de belles prairies. C’est levallon des Eaux-Douces d’Europe .
Des troupeaux de bœufs et de chevaux sont éparsdans ces pâturages, et les grands oiseaux de maraissortent de temps en temps leurs longs cous d’une touffede roseaux pour voir passer les eaïks.
Ces solitudes paisibles se peuplent, aux jours de fête,d’une foule de joyeux promeneurs. Les femmes sur-tout ont une prédilection marquée pour ce vallon char-mant;— les femmes! qui, en Orient, se mêlent aupaysage et le poétisent, mais qui n’animent jamais lavie sociale ! — On voit alors arriver dans leurs câiks lesriches Arméniennes , portant sur leurs épaules le jé-redjé violet qui tombe avec ampleur derrière elles,