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BROUSSA
Olympe avec sa tête couronnée de neige. La ville delîroussa, assise à sa base, élevait ses minarets aigusdont la forme blanche se dessinait sur le rideau noirdes flancs de la montagne. Nous avions fait la premièrelieue; mais toute cette plaine était attristée par uneteinte grisâtre. Un long voile de nuages sombres s’avan-çait rapidement de notre côté, venant du mont Olympe ;de grosses gouttes de pluie commençaient à tomber.Notre conducteur, qui jusque-là avait cheminé non-chalamment, en chantant une chanson triste, poussaun cri singulier, et les malheureuses mules partirent àfond de train à la descente, comme emportées par uncharme magique. L’orage éclatait; quand les mules ra-lentissaient leur marche, le conducteur faisait entendreson cri sauvage, et elles reprenaient leur course ardente.L’excès de notre douleur nous avait rendus féroces, etnous travaillions des pieds et des mains à exciter cesmalheureuses bêtes, qui passaient au train de course àtravers les chemins, faisant rouler les cailloux sous leurspieds, franchissant les fondrières, s’enfonçant sanshésiter dans les torrents, et reparaissant à l’instant surl’autre bord. Nos mains étaient accrochées convulsive-ment à la croix de nos bâts. Autour de nous tout avaitdisparu; la pluie était si dense qu’elle arrêtait le rayon