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se prosterna sur les tapis en criant d’une voix déchi-rante : ailali ! allali! Après avoir visité le tombeau , quiest couvert de schalls splendides, nous nous appro-châmes du vieux Turc en lui jetant une pièce d’argent,qu’il ramassa sans sourciller, puis il s’en alla en crianttoujours sur un ton lamentable : allali ! allali !
Quelques minutes après, nous étions engagés dansdes sentiers étroits bordés de bois épais. L’air était par-fumé parles senteurs des jeunes feuilles, par tous cesarômes qui s’échappent des arbres au printemps. Dessources souterraines descendaient avec un murmuresourd le long des sentiers. Les merles effarouchés s’en-fuyaient en sifflant; des centaines de petits oiseaux sepavanaient sur les branches; des corbeaux bleus pla-naient au-dessus de nous; de temps en temps le bruitdes branches froissées nous indiquait la fuite précipitéede quelque hôte de ces bois tranquilles. Toutes ces scènesd’une nature que l’homme n’a pas encore dépeuplée,ont laissé dans mon esprit une impression profonde.Ici, les forêts ne gardent pas le silence morne qui lesattriste dans nos pays, et pour la première fois peut-être j'ai senti se taire en moi mes instincts de chasseurimpitoyable. D’ailleurs nous étions au mois de mai, etnous devions respecter la joie et le bonheur de ces