HT LH LIBAN.
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tre-vingts jeunes gens s'ébattaient à l'ombre de cesarbres; ils jouaient au jeu de bulle ; leurs belles et in-telligentes figures étaient animées par la passion. Je lesentendais crier et se quereller en français . Je m’arrêtaisur le seuil, saisi d’une émotion profonde. Cette petiteFrance isolée sur une haute montagne, au centre d’unpays barbare, frappait mon esprit d’étonnement etd’admiration. Je venais de traverser le fleuve du Chien ( Nahr-el-Kelb ), j’avais passé au milieu de villagesarabes, et tout à coup je retrouvais les jeux de monenfance a mille lieues de Paris ; j'entendais résonnerla cloche qui rappelait les écoliers au travail, et j’écou-tais parler la langue de mon pays, sous les orangers duLiban , à quelques lieues des cèdres de Salomon.
Je trouvai, parmi les religieux, de jeunes Français qu’un noble enthousiasme a voués à une vie d’abnéga-tion et de travail. Ils vivent heureux au milieu de cettefamille qui les entoure et qui les aime. Ils me mon-traient avec orgueil leurs élèves, qui prépareront auxidées françaises une influence plus forte et plus faciledans le pays. Nous passâmes une partie de la journéedans la bibliothèque; j’étais appuyé sur une table oùse trouvaient mêlés des volumes de Corneille et de Bos suet ; les noms de tous les grands écrivains français