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PREMIER DIALOGUE.
le public , si tous ceux qui le dirigent, soit par laforce , soit par l'autorité, soit par l’opinion, s’accor-doient pour l'abuser par de sourdes menées dont ilserait hors d'état de pénétrer le secret? Qui est ocqui a déterminé jusqu’où des conjurés puissants,nombreux et bien unis , comme ils le sont toujourspour le crime, peuvent fasciner les yeux, quanddes gens qu’on ne croit pas se connoitre se concer-teront bien entre eux; quand, aux deux bouts de1 Europe , des imposteurs d intelligence et dirigéspar quelque adroit et puissant iutrigant se condui-ront sur le même plan , tiendront le même langage ,présenteront'sous le même aspect un homme à quil'on a été la voix, les yeux, les mains, et qu’onlivre pieds et poings liés à la merci de ses ennemis?Que vos messieurs, au lieu d'être tels , soient sesamis comme ils le crient à tout le monde; qu’étouf-fant leur protégé dans la fange , ils n’agissent ainsique par bonté, par générosité , par compassion pourlui ; soit : je n'entends point leur disputer ici cesnouvelles vertus ; mais il résulte toujours de vospropres récits qu'il y a une ligue, et de mon raison-nement que , si têt qu'une ligue existe, on ne doitpas, pour juger des preuves qu'elle apporte, s’entenir aux règles ordinaires, mais en établir de plusrigoureuses pour s’assurer que cette ligue n’abuse pasde l'avantage immense de se concerter, et par làd'en imposer, comme elle peut certainement lefaire. Ici je vois, au contraire, que tout se passeentre gens qui se prouvent entre eux, sans résis Lanceet sans contradiction , ce qu’ils sont bien aises de