SECOND DIALOGUE. 189
féroce et dqr, jusqu’à la dépravation; le mien estdoux et compatissant jusqu’à la faiblesse. Le leurest intraitable, inflexible , et toujours repoussant ;le mien est facile et mou , ne pouvant résister auxcaresses qu’il croit sincères ,, et, se laissant subju-guer, quand on sait s'y prendre, par les gens mêmesqu’il n’estime pas. Le leur, misanthrope, farouche ,déteste les hommes ; le mien , humain jusqu’à l’ex-cès , et trop sensible à leurs peines , s'affecte au-tant des maux qu'ils se font entre eux que de ceuxqu’ils lui fent à lui-même. Le leur ne songe qu’àfaire du bruit dans le monde aux dépens du reposd’autrui et du sien ; le mien préfère le repos à tout,et voudrait être ignoré de toute la terre, pourvuqu’on le laissât en paix dans son coin. Le leur , dé-voré d’orgueil et du plus intolérant amour-propre,est tourmenté de l’existence de ses semblables , etvoudrait voir tout le genre humain s’anéantir de-vant lui; le mien, s’aimant sans se comparer, n’estpas plus susceptible ,de vanité que de modestie ;content de sentir cç qu’il est, il ne cherche pointquelle est sa place parmi les hommes , et je suis sûrque de sa vie il ne lui entra dans l’esprit de se me-surer avec un autre pour savoir lequel ctoit le plusgrand ou le plus petit. Le leur , plein de ruse etd’art pour en imposer , voile ses vices avec la plusgrande adresse , et cache sa méchanceté sous unecandeur apparente ; le mien, emporté, violent mêmedans ses premiers moments pins rapides que l'éclair,passe sa vie à faire de grandes et courtes fautes , età les expier par de vifs et longs repentirs ; au sur-