•SECOND DIALOGUE. 191
de vous faire sentir tout d’un coup, par une im-pression simple et immédiate, ce que, dans les opi-nions où vous êtes, je ne sauro-is vous persuader enprocédant graduellement, sans attaquer sans cesse,par des négations dures, les tranchantes assertionsde vos messieurs. Je voudrois tâcher pour cela deVous esquisser ici le portrait de mon Jean-Jacques,tel qu’après un long examen de l’original l’idée s’euest empreinte dans mon esprit. D’abord, vous pour-rez comparer ce portrait à celui qu’ils en ont tracé;juger lequel des deux est le plus lié dans ses par-ties , et paroît former le mieux un seul tout ; lequelexplique le plus naturellement et le plus clairementla conduite de celui qu’il représente, scs goûts , seshabitudes, et tout ce qu’on connoît de lui, non-seulement depuis qu’il a fait des livres, mais désson enfance, et de tous les temps ; après quoi il netiendra qu’à vous de vérifier par vous-même si j’aibien ou mal vu.
Le Fh. Rien de mieux que tout cela. Parlez donc ;je vous écoute.
Ronss. De tous les hommes que j’ai connus, ce-lui dont le caractère dérive le plus pleinement deson seul tempérament est Jean-Jacques. Il est ceque l’a fait la nature : l’éducation ne l’a que bienpeu modifié. Si, dès sa naissance, scs facultés et sesforces s’êtoienttout à coup développées, dès-lors onl'eût trouvé tel à peu près qu’il fut dans son âgemûr; et maintenant, après soixante ans de peineset de misères , le temps, l’adversitc, les hommes,l’ont encore très-peu changé. Tandis que son corps