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SECOND DIALOGUE.
vieillit et se casse, son cœur reste jeune toujours ;il garde encore les mêmes goûts, lés mêmes passionsde son jeune Ûgc, et jusqu’à la fiti 'de sa vie il necessera d’être un vieux enfant.
Mais ce tempérament j qui lui a donné sa forrtemorale, a des singularités qui, pour être démêlées,demandent une attention plus suivie que le coupd'œil suffisant qu’on jette sur un homme qu’on croitconnoitre el qu’on a déjà jugé. Je puis même direque c’est par son extérieur vulgaire et par ce qii’il àde plus commun, qu’en y'regardant mieux je l’àitrouvé le plus singulier. Ce paradoxe s’éclaircira delui-même à mesure que vous m’écouterez..
Si, comme je vous l’ai dit, je fus surpris au pre-mier abord de le trouver si différent de cé que jeme l’étois figuré sur vos récits , je le fus bien plusdu peu d’éclat, pour ne pas dire de la bêtise, de Sesentretiens : moi qui, ayant eü à vivre avec des Igensde lettres, les ai toujours trouvés brillants, élancés,sentencieux comme des oracles, subjuguant tout parleur docte faconde et par la hauteur de leurs déci-sions. Celui-ci i ne disant guère que des choses com-munes, et les clisaUt sans précision, sans finesse, etsans force, paroit toujoûrs faligué de parler, mêmeen parlant peu, soit de la peine d’entendre, souventmême n’enttiulant point, sitôt qu’on dit des chosesun peu fines, et n’y répondant jamais à propos.Que, s’il lui vient par hasard quelque mot heureu-sement trouvé, il en est si aise, que, pour avoirquelque chose à dire, il le répète éternellement.On le prendroit dans la conversation, non pour un