212 SECOND DIALOGUE.
Jacques dcvroit donc être sombre, taciturne, etvivre toujours mécontent. C’est eu effet ainsi qu’ilparntt dans tous ses portraits , et c’est ainsi qu’onme l'a toujours dépeint depuis ses malheurs ; mêmeon lui fàit dire dans une lettre imprimée qu’il n’ari dans toute sa vie que deux fois qu’il cite, et toutesdeux d’un rire de méchanceté. Mais on me parloitjadis de lui tout autrement, et je l’ai vu tout autrelui-même sitêt qu’il s’est mis à son aise avec moi.J’ai surtout été frappé de ne lui trouver jamais l’es-prit si gai , si serein , que quand on l’avoit laisséseul et tranquille , ou au retour de sa prbmenadesolitaire , pourvu que ce ne fût pas un flagorneurqui l’accostât. Sa conversation étoit alors encoreplus ouverte et douce qu’â l’ordinaire , comme se-roit celle d’un homme qui sort d’avoir du plaisir.De quoi s’occupoit-il donc ainsi seul, lui qui, devenula risée et l’horreur de ses contemporains, ne voitdans sa triste destinée que des sujets de larmes etde désespoir 1
O Providence ! ô nature ! trésor du pauvre, res-source de l’infortuné ; celui qui sent , qui connoitvos saintes lois et s’y confie, celui dont le cœur esten paix et dont le corps ne souffre pas, grâces àvous, n’est point tout entier en proie à l’adversité.Malgré tous les complots des hommes , tous les suc-cès des méchants , il ne peut être absolument misé-rable. Dépouillé par des mains cruelles de tous lesbiens de cette vie, l’espérance l’en dédommage dansl’avenir , l'imagination les lui rend dans l’instantmême ; d’heureuses fictions lui tiennent lieu d'un