SECOND DIALOGUE. 213
bonheur réel ; et, que dis-je ? lui seul est solide-ment heureux , puisque les biens terrestres peuventh chaque instant échapper en mille maniérés h celuiqui croit les tenir ; mais rien ne peut ôter ceux del’imagination à quiconque sait en jouir. Il les pos-sède sans risque et sans crainte ; la fortune et leshommes ne sauroient l’en dépouiller.
Foible ressource, allez-vous dire , que des visionscontre une grande adversité ! Eh ! monsieur , cesvisions ont plus de réalité peut-être que tous lesbiens apparents dont les hommes font tant de cas ,puisqu’ils ne portent jamais dans l’Ame un vrai sen-timent de bonheur, et que ceux qui les possèdentsont également forcés de se jeter dans l’avenir,, fautede trouver dans le présent des jouissances qui lessatisfassent.
Si l'on vous disoit qu’un mortel, d’ailleurs très-infortuné , passe régulièrement cinq ou six heurespar jour dans des sociétés délicieuses, composéesd’hommes justes, vrais, gais, aimables, simples avecde grandes lumières , doux avec de grandes vertus 5de femmes charmantes et sages , pleines de senti-ments et de grâces, modestes sans grimace , badinessans étourderie , n’usant de l’ascendant de leur sexeet de l’empire de leurs charmes que pour nourrirentre les hommes l’émulation des grandes choses etle zèle de la vertu ; que ce mortel , connu , estimé ,chéri dans ces sociétés d’élite , y vit , avec tout cequi les compose , dans un commerce de confiance ,d’attachement, de familiarité ; qu’il y trouve à sonchoix des amis sûrs , des maîtresses fidèles, de ten-