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SECOND DIALOGUE.
<lra les sociétés indifférentes aussi fatigantes quedéplaisantes. La mémoire et la réflexion renforce-ront encore cette répugnance, en lui faisant en-tendre , après coup, des multitudes de choses qu’iln’a pu d’abord entendre, et auxquelles, forcé de ré-pondre à l’instant, il a répondu de travers , fauted’avoir le temps d'y penser. Mais , né pour de vraisattachements , la société des cœurs et l’intimité luiseront très-précieuses ; et il se sentira d’autant plusà son aise avec ses amis , que , bien connu d’eux oucroyant l’être , il n’aura pas peur qu’ils le jugentsur les sottises qui peuvent lui échapper dans lerapide bavardage de la conversation. Aussi le plai-sir de vivre avec eux exclusivement se marquera-t-il sensiblement dans ses yeux et dans ses manières ;mais l’arrivée d’un survenant fera disparoitre à l’in-stant sa confiance et sa gaieté.
Sentant ce qu’il vaut en-dedans, le sentiment deson invincible ineptie au-dehors pourra lui don-ner souvent du dépit contre lui-même et quelque-fois contre ceux qui le forceront de la montrer.Il devra prendre en aversion tout ce flux de com-pliments , qui ne sont qu’un art de s'en attirer àsoi-même et provoquer un escrime en paroles ;art surtout employé par les femmes et chéri d'elles ,sûres de l’avantage qui doit leur en revenir. Parconséquent, quelque penchant qu’ait notre hommeà la tendresse , quelque goût qu’il ait naturellementpour les femmes , il n’en pourra souffrir le com-merce ordinaire , où il faut fournir un perpétueltribut do gentillesses qu’il se sent hors d’état de