SECOND DIALOGUE.
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réelles, les moindres protestations lui tiendraientlieu de preuves ; dans tous scs attachements il croi-rait toujours trouver le sentiment qu’il y porteraitlui-méinc; toujours trompé dans son attente, ettoujours caressant son erreur, il passerait sa jeu-nesse à croire avoir réalisé ses fictions; h peinel'âge mûr et l’expérience les lui montreraient enlinpour ce qu’elles sont, et, malgré les erreurs, lesfautes et les expiations d’un longue vie, il n’y au-rait peut-être que le concours des plus cruels mal-heurs qui put détruire son illusion chérie, et luifaire sentir que ce qu’il cherche ne se trouve pointsur la terre, ou ne s’y trouve que dans un ordrede choses bien différent de celui où il l’a cherché.
La vie contemplative dégoûte de l’action. Il n’ya point d’attrait plus séducteur que celui des fic-tions d’un cœur aimant et tendre, qui, dans l’uni-vers qu’il se crée à son gré, se dilate , s’étend h sonaise , délivré des dures entraves qui le comprimentdans celui-ci. La réflexion, la prévoyance, mèredes soucis et des peines , n’approchent guère d’uneâme enivrée des charmes de la contemplation. Tousles soins fatigants de la vie active lui deviennentinsupportables, et lui semblent superflus ; et pour-quoi se donner tant de peines, dans l’espoir éloi-gné d’un succès si pauvre , si incertain, taudis qu’onpeut dès l’instant même, dans une délicieuse rê-verie , jouir à son aise de toute la félicité dont onsent en soi la puissance et le besoin ? Il deviendraitdonc indolent , paresseux par goût , par raisonmême, quand il ne le serait pas par tempérament.