226 SECOND DIALOGUE.
Que si, par intervalles , quelque projet de gloire oud’ambition pouvoit l’émouvoir, il le suivroit d’a-bord avec ardeur, avec impétuosité ; mais la moin-dre difficulté, le moindre obstacle l'arrêterait, lerebutcroit, le rejetteroit dans l’inaction. La seuleincertitude du succès le détacheroit de toute entre-prise douteuse. Sa nonchalance lui montreroit dela folie à compter sur quelque chose ici-bas , à setourmenter pour un avenir si précaire, et de la sa-gesse à renoncer à la prévoyance , pour s’attacheruniquement au présent, qui seul est en notre pou-voir.
Ainsi livré par système à sa douce oisiveté, ilrempliroit ses loisirs de jouissances k sa mode , et,négligeant ces foules de prétendus devoirs que lasagesse humaine prescrit comme indispensables,il passeroit pour fouler aux pieds les bienséances,parce qu’il dédaignerait les simagrées. Enfin, loinde cultiver sa raison pour apprendre h se conduireprudemment parmi les hommes, il n’y cherche-rait en effet que de nouveaux motifs de vivre éloi-gné d’eux, et de se livrer tout entier k ses fictions.
Cette humeur indolente et voluptueuse, se fixanttoujours sur des objets riants, le détournerait parconséquent des idées pénibles et déplaisantes. Lessouvenirs douloureux s'effaceraient très-prompte-ment de son esprit; les auteurs de ses maux n’ytiendraient pas plus de place que ces maux mêmes :et tout cela , parfaitement oublié dans très-peu detemps , serait bientôt pour lui comme nul, k moinsque le mal ou l’ennemi qu’il aurait encore k crain-