SECOND DIALOGUE. 227
dre ne lui rappelât ce qu’il en auroit déjà souffert.Alors il pourroit être extrêmement effarouché desmaux k venir, moins précisément à cause de cesmaux que par le trouble du repos , la privationdu loisir, la nécessité d’agir de manière ou d’autre ,qui s'ensuivroient inévitablement , et qui alarme-raient plus sa paresse que la crainte du mal n’épou-vanteroit son courage. Mais tout cet effroi subitet momentané seroit sans suite et stérile en effet.Il craindroit moins la souffrance que l’action. Ilaimeroit mieux voir augmenter ses maux et restertranquille, que de se tourmenter pour les adoucir ;disposition qui donnerait beau jeu aux ennemis qu’ilpourroit avoir.
J’ai dit que Jean-Jacques n’étoit pas vertueux :notre homme ne le seroit pas non plus; et com-ment, foible et subjugué par ses penchants , pour-roit-il l’être, n’ayant toujours pour guide que sonpropre cœur, jamais son devoir ni sa raison? Com-ment la vertu, qui n’est que travail et combat,régneroit - elle au sein de la mollesse et des douxloisirs? Il seroit bon, parce que la nature l’auroitfait tel ; il ferait du bien, parce qu’il lui seroit douxd’en faire: mais s’il s’agissoit de combattre ses pluschers désirs et de déchirer son cœur pour remplirson devoir, le feroit-il aussi? J’en doute. La loi dela nature, sa voix du moins, ne s’étend pas jusque-lé. Il en faut une autre alors qui commande, etque la nature se taise.
Mais se mettroit-il aussi dans ces situations vio-lentes d’où naissent des devoirs si cruels ? J’en