SECOND DIALOGUE. 49
dans les yeux., dan le geste , et accompagne laparole , mais par des signes tout différents , panto-mimes et comédiens plutôt qu’animés et passionnés.Ceux-ci, riches d’idées, les produisent avec unefacilité extrême : ils ont la parole à commandement jleur esprit , toujours présent et pénétrant, leurfournit sans cesse des pensées neuves , des saillies ,des réponses heureuses j quelque force et quelquefinesse qu’on mette à ce qu’on peut leur dire, ilsétonnent par la promptitude et le sel de leurs repar-ties , et ne restent jamais court. Dans les chosesmême de sentiment, ils ont un petit babil si bienagencé, qu’on les croiroit craus jusqu’au fond ducœur, si cette justesse même d’expression n’attes-toit que c’est leur esprit seul qui travaille. Les au-tres , tout occupés de ce qu’ils sentent, soignenttrop peu leurs paroles pour les arranger avec tantd’art. La pesante succession du discours leur estinsupportable ; ils se dépitent contre la lenteur desa marche ; il leur semble , dans la rapidité desmouvements qu’ils éprouvent, que ce qu’ils sententdevroit se faire jour et pénétrer d’un cœur a l’autresans le froid ministère de la parole. Les idées seprésentent d’ordinaire anx gens d’esprit en phrasestout arrangées. Il n’en est pas ainsi des sentiments ;il faut chercher , combiner , choisir un langagepropre à rendre ceux qu’on éprouve ; et quel estl homme sensible qui aura la patience de suspendrele cours des affections qui l’agitent pour s’occu-per a chaque instant de ce triage ? Une violenteémotion peut suggérer quelquefois des expressions27. 5