SECOND DIALOGUE.
79
dans l'instant d’une étroite enceinte de bras tenduset de cannes , dans laquelle vous pouvez pensercomme il est a son aise ! A quoi sert cette barrière ?S’il veut la forcer, résistera-t-elle? Non, sans doute.A quoi sert-elle donc? Uniquement à se donner l’a-musement de le voir enfermé dans cette cage , et klui bien taire sentir que tous ceux qui l’entourentse font un plaisir d’être , a son égard, autant d’ar-gousins et d'archers. Est-ce aussi jaar bonté qu’onne manque pas de cracher sur lui, toutes les foisqu’il passe à portée , et qu’on le peut sans êtreaperçu de lui? Envoyer le vin d’honneur au mêmehomme sur qui l’on crache , c’est rendre l’honneurencore plus cruel que l’outrage. Tous les signes dehaine , de mépris , de fureur même , qu’on peut ta-citement donner a un homme, sans y joindre uneinsulte ouverte et directe, lui sont prodigués detoutes parts ; et tout en l’accablant des plus fadescompliments, en affectant pour lui les petits soinsmielleux qu’on rend aux jolies femmes, s’il avoitbesoin d’une assistance réelle, on le verroit périravec joie , sans lui donner le moindre secours. Jel’ai vu, dans la rue Saint-Honoré, faire presque sousun carrosse une chute très-pcrilleuse ; on court a lui,mais sitôt qu’on reconnoît Jean-Jacques tout se dis-perse , les passants reprennent leur chemin, lesmarchands rentrent dans leurs boutiques, et il se-roit resté seul dans cet état, si un pauvre mercier,rustre et mal instruit, ne l’eût fait asseoir sur sonpetit banc , et si une servante, tout aussi peu philo-sophe , ne lui eût apporté un verre d’eau. Tel est