SECOND DIALOGUE.
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ne vouloir pas s’en laisser subjuguer? Il lui faudroitvingt ans d’application pour lire seulement tous lesmanuscrits qu’on le vient prier de revoir , de cor-riger , de refondre ; car son temps et sa peine necoûtent rien a vos messieurs (a) , il lui faudroit dixmains et dix secrétaires pour écrire les requêtes ,placets, lettres, mémoires, compliments, vers, bou-quets, dont on vient à l’envi le charger, vu la grandeéloquence de sa plume , et la grande bonté de soncœur 5 car c’est toujours là l’ordinaire refrain de cespersonnages sincères. Au mot d’humanité , qu’ontappris à bourdonner autour de lui des essaims deguêpes , elles prétendent le cribler de leurs aiguil-lons bien à leur aise , sans qu’il ose dérober, ettout ce qui lui peut arriver de plus heureux , estde s’en délivrer avec de l’argent, dont ils le remer-cient ensuite par des injures.
Après avoir tant réchauffé de serpents dans sonsein , il s’est enfin déterminé , par une réflexiontrès-simple , à se conduire comme il fait avec tousces nouveaux venus. A force de bontés et de soinsgénéreux, vos messieurs , parvenus à le rendre exé-crable à tout le monde, ne lui ont plus laissé l’estimede personne. Tout homme ayant de la droiture et
(a) Je dois pourtant rendre justice à ceux qui m’offrent depayer mes peines, et qui sont en assez grand nombre. Au mo-ment même où j’écris ceci, une dame de province vient de meproposer douze francs, en attendant mieux, pour lui écrireune belle lettre à un prince. C’est dommage que je ne me sois'pas avise de lever boutique sous les charniers des Innocents ;j’y aurois pu faire assez bien mes affaires.