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SECOND DIALOGUE.
en scène. Je l’ai vu , dans un quartier très-vivantde Paris , s’abstenir malgré lui d’une bonne œuvrequi se présentoit, ne pouvant se résoudre à fixersur lui les regards malveillants de deux cents per-sonnes \ et, dans un quartier peu éloigné , maismoins fréquenté , je l’ai vu se conduire différem-ment dans une occasion pareille. Cette mauvaisehonte ou cette blâmable fierté me semble bien na-turelle à un infortuné , sûr d’avance que tout cequ’il pourra faire de bien sera mal interprété. Ilvaudroit mieux sans doute braver l'injustice du pu-blic ; mais avec une âme haute et un naturel timide,qui peut se résoudre , en faisant une bonne actionqu’on accusera d’hypocrisie , de lire dans les yeuxdes spectateurs l’indigne jugement qu'ils en portent?Dans une pareille situation, celui qui voudroit faireencore du bien s’en cacheroit comme d’une mauvaiseœuvre, et ce ne seroit pas ce secret-la qu’on iroitépiant pour le publier.
Quant à la seconde et à la plus sensible despeines que lui ont faites les barbares qui le tour-mentent, il la dévore en secret, elle reste en ré-serve au fond de son cœur, il ne s’en est ouvert àpersonne , et je ne la saurois pas moi-même s’il eûtpu me la cacher. C’est par elle que, lui ôtanttoutes les consolations qui restent à sa portée, ilslui ont rendu la vie à charge, autant qu’elle peutl’être à un innocent. A juger du vrai but de vosmessieurs par toute leur conduite à son égard, cebut paroît être de l’amener par degrés, et tou-jours sans qu’il y paroisse, jusqu’au plus violent