136 TROISIÈME DIALOGUE.
» plaisirs exclusifs , des plaisirs destructifs ; voici de» tout autres affaires. Il me faut des terres, des bois,fl des gardes , des redevances , des honneurs sei-a gneuriaux , surtout de l’encens et de l’eau bénite.
» Fort bien ; mais cette terre aura des voisins ja-■» loux de leurs droits , et désireux d’usurper ceux» des autres ; nos gardes se chamailleront, et peut*» être les maîtres : voilà des altercations , des que-» relies, des haines , des procès tout au moins ; cela« n’est, déjà pas fort agréable. Mes vassaux ne ver-* ront point avec plaisir labourer leurs blés par» mes lièvres , et leurs fèves par mes sangliers ♦. cha-» cun n’osant tuer l’ennemi qui détruit son tra-« vail voudra du moins le chasser de son champ :a après avoir passé le jour à cultiver leurs terres ,» il faudra qu’ils passent la nuit à les garder ; ilsa auront des mâtins , des tambours , des cornets ,« des sonnettes. Avec tout ce tintamarre ils trouble-» ront mon sommeil. Je songerai malgré moi à la» misère de ces pauvres gens , et ne pourrai m’em-» pêcher de me la reprocher. Si j’avois l’honneura d’être prince , tout cela ne me toucheroit guère ;» mais moi, nouveau parvenu, nouveau riche, j’au-» rai le cœur encore un peu roturier.
» Ce n’est pas tout : l’abondance du gibier ten-« tera les chasseurs ; j’aurai bientôt des braconniers» à punir ; il me faudra des prisons , des geôliers ,a des archers , des galères. Tout cela me paroit as-« sez cruel. Les femmes de ces malheureux vien-» dront assiéger ma porte et m’importuner de leurs» cris, ou bien il faudra qu’on les chasse , qu’on les