TROISIÈME DIALOGUE. 145
par le plus frappant de tous les prodiges , d’un scé-lérat , qu’elles dévoient abhorrer, ont fait l’objet deleur plus tendre sollicitude ?
Si c’est la de la vertu, elle est bizarre, mais elleest magnanime., et ne peut appartenir qu’à des âmesfort au-dessus des petites passions vulgaires ; maiscomment accorder des motifs si sublimes avec lesindignes moyens employés par ceux qui s’en disentanimés? Vous le savez, quelque prévenu, quelqueirrité que je fusse contre Jean-Jacques, quelquemauvaise opinion que j’eusse de son caractère et deses mœurs, je n’ai jamais pu goûter le système denos messieurs , ni me résoudre à pratiquer leursmaximes. J’ai toujours trouvé autant de bassesseque de fausseté dans celte maligne ostentation debienfaisance, qui n’avoit pour but que d’en avilirl’objet; il est vrai que, ne concevant aucun défautà tant de preuves si claires , je ne doutois pas unmoment que Jean-Jacques ne fût un détestable hy-pocrite et un monstre qui n’eût jamais dû naître ; et,cela bien accordé, j’avoue qu’avec tant de facilitéqu’ils disoient avoir à le confondre, j'admirois leurpatience et leur douceur à se laisser provoquer parses clameurs sans jamais s'en émouvoir, et sans au-tre effet que de l’enlacer de plus en plus dans leursrets pour toute réponse. Pouvant le convaincre siaisément, je voyois une héroïque modération à n’enrien faire, et même , en blâmant la méthode qu’ilsvouloient suivre, je ne pouvois qu’admirer leurflegme stoïque à s’y tenir.
Vous ébranlâtes, dans vos premiers entretiens,27. 13