TROISIÈME DIALOGUE. 161
roit seul pour leur condamnation, si la foule et laforce de leurs preuves, si frappantes, si éblouis-santes , n’arrêtoit en quelque sorte reflet de ce re-fus. On ne conçoit pas ce que l’accusé peut répondre ;mais enfin, jusqu’à ce qu’il ait donné ou refusé sesréponses, nul n’a droit de prononcer pour lui qu’iln’a rien à répondre, ni, se supposant parfaitementinstruit de ce qu’il peut ou ne peut pas dire , de letenir, ou pour convaincu tant qu’il ne l’a pas été,ou pour tout-à-fait justifié tant qu’il n’a pas confonduses accusateurs.
Voilà, monsieur, ce qui manque encore à la cer-titude de nos jugements sur cette affaire. Hommeset sujets à l’erreur, nous pouvons nous tromper enjugeant innocent un coupable, comme en jugeantcoupable un innocent. La première erreur semble ,il est vrai, plus excusable; mais peut-on l’être dansune erreur qui peut nuire , et dont on s’est pu garan-tir? Non; tant qu’il reste un moyen possible d’é-claircir la vérité , et qu’on le néglige , l’erreur n’estpoint involontaire , et doit être imputée à celui quiveut y rester. Si donc vous prenez assez d’intérêtaux livres que vous avez lus pour vouloir vous dé-cider sur l’auteur, et si vous haïssez assez l’injusticepour vouloir réparer celle que, d’une façon si cruelle,vous avez pu commettre à son égard, je vous pro-pose premièrement de voir l’homme. Venez, je vousintroduirai chez lui sans peine. Il est déjà prévenu;je lui ai dit tout ce que j’ai pu dire à votre égardsans blesser mes engagements. 11 sait d’avance quesi jamais vous vous présentez à sa porte , ce sera