TROISIÈME DIALOGUE. 163
perdre inutilement, sans sauver l’innocent auquelje me sacrifie; et c’est ce que je ferois en suivantvotre conseil : c'est ce que vous feriez voüs-mêmeen voulant le pratiquer. Apprenez ce que je puiset veux faire, et n’attenclez de moi rien au-delà.
Vous prétendez que je dois aller voir Jean-Jacquespour vérifier , par mes yeux, ce que vous nTen avezdit et ce que j’infère moi-même de la lecture de sesécrits : cette confirmation m’est superflue, et, sansy recourir, je sais d’avance à quoi m’en tenir surce point. Il est singulier que je sois maintenant plusdécidé que vous sur les sentiments que vous avezeu tant de peine à me faire adopter; mais cela estpourtant fondé en raison. Volts insistez encore surla force des preuves alléguées contre lui par nosmessieurs. Cette force est désormais nulle pourmoi, qui en ai démêlé tout l’artifice depuis que j’yai regardé de plus près. J'ai là-dessus tant de faitsque vous ignorez ; j’ai lu si clairement dans lés cœurs,avec la plus vive inquiétude sur ce que peut direl’accusé, le désir le plus ardent de lui ôter toutmoyen de se défendre; j'ai vu tant de concert, desoin, d’activité, de chaleur, dans les mesures prisespour cet effet, que des preuves administrées decette manière par des gens si passionnés, perdenttoute autorité dans mon esprit vis-à-vis de vos ob-servations. Le public est trompé, je le vois, je lesais ; mais il se plaît à l’être, et n’aimeroit pas à sevoir désabuser. J’ai moi-même été clans ce cas et nem’en suis pas tiré sans peine. Nos messieurs avoientma confiance, parce qu’ils flattoient le penchant