TROISIÈME DIALOGUE. 179
jours qu’elle ne s’échappe par quelque fissure. L’im-mense édifice de ténèbres qu’ils ont élevé autour delui 11 e suffit pas pour les rassurer.Tant qu’il vit, unaccident imprévu peut lui dévoiler leur mystère, etles exposer à se voir confondus. Sa mort meme, loinde les tranquilliser, doit augmenter leurs alarmes.Qui sait s’il n’a point trouvé quelque confident dis-cret qui, lorsque l’animosité du public cessera d’étreattisée par la présence du condamné, saisira pourse faire écouter le moment où les yeux commence-ront à s’ouvrir ? Qui sait si quelque dépositaire fidèlene produira pas en. temps et lieu de telles preuves deson innocence que le public, forcé de s’y rendre,sente et déplore sa longue erreur ? Qui sait si, dansle nombre infini de leurs complices, il ne s’en trou-vera pas quelqu’un que le repentir, que le remordsfasse parler? On a beau prévoir ou arranger toutesles combinaisons imaginables, on craint toujoursqu’il n’en reste quelqu’une qu’on n’a pas prévue, etqui fasse découvrir la vérité quand on y pensera lemoins. La prévoyance a beau travailler, la crainteest encore plus active *, et les auteurs d’un pareilprojet ont, sans y penser, sacrifié à leur haine lerepos du reste de leurs jours.
Si leurs accusations étoient véritables, et queJean-Jacques fût tel qu’ils l’ont peint, l’ayant unelois démasqué pour l’acquit de leur conscience, etdéposé leur secret chez ceux qui doivent veiller à1 ordre public, ils se reposeroient sur eux du reste,cesseroient de s’occuper du coupable , et ne pense-roient plus a lui. Mais l’œil inquiet et vigilant qu’ils