Band 
Tome II.
Seite
209
JPEG-Download
 

TROISIÈME DIALOGUE. 209

détruira par elle ; et l'on voit, par lemportementavec lequel le peuple sy livre, que ce nest quunemutinerie contre sa conscience, dont il sentie mur-mure avec dépit. Cette commode philosophie desheureux et des riches, qui font leur paradis en cemonde, ne sauroit être long temps celle de la mul-titude victime de leurs passions, et qui, faute debonheur en cette vie , a besoin dy trouver au moinslespérance et les consolations que cette barbaredoctrine leur ôte. Des hommes nourris dès lenfancedans une intolérante impiété poussée jusquau fa-natisme , dans un libertinage sans crainte et sanshonte; une jeunesse sans discipline, des femmessans mœurs («), des peuples sans foi, des rois sansloi, sans supérieur quils craignent, et délivrés detoute espèce de frein ; tous les devoirs de la con-science anéantis, lamour de la patrie et lattache-ment au prince éteints dans tous les cœurs ; enfin,nul autre lien social que la force : on peut prévoiraisément, ce me semble, ce qui doit bientôt résul-ter de tout cela. LEurope , en proie à des maîtres

(a) Je viens dapprendre que la génération présente se vantesingulièrement de bonnes mœurs. Jaurois deviner cela. Jene doute pas quelle ne se vante aussi de désintéressement, dedroiture, de franchise et de loyauté. Cest être aussi loin desvertus quil est possible, que den perdre lidée au point deprendre pour elles les vices contraires. Au reste il est très-na-turel quà force de sourdes intrigues et de noirs complots , àforce de se nourrir de bile et de fiel, on perde enfin le goûtdes vrais plaisirs. Celui de nuire , une fois goûté , rend insensi-ble à tous les autres. Cest une des punitions des méchants.

18.