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Les fourmis / par Ernest André
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LES FOURMIS

cupe, cest le puceron qui offre lui-même son lait, surle désir manifesté par les solliciteuses.

Quand une fourmi éprouve le besoin de boire, ellechoisit son puceron et lui fait comprendre, en lui tou-chant délicatement labdomen par des mouvements trèsvifs et alternatifs de ses deux antennes, quil ait à luiservir son repas. Le puceron aussitôt fait sortir la gout-telette désirée, et la fourmi, après lavoir absorbée, varecommencer le même manège auprès dune autre vachelaitière, puis dune troisième et ainsi de suite, jusquàce quelle soit rassasiée. Il est rare que les pucerons re-fusent le nectar réclamé, et ce cas narrive guère quelorsqu'ils sont épuisés par des sollicitations trop fré-quentes ; il leur faut alors un certain temps de repospour pouvoir se prêter à une nouvelle traite. On a re-marqué que la sortie du liquide sucré ne se fait pas dela même manière quand il est offert aux fourmis ouquand il est rejeté naturellement. Dans le premier cas,la goutte est présentée délicatement, taudis que, dans lesecond, elle est expulsée par un mouvement brusque etprojetée assez loin sur les feuilles environnantes.

Il est probable que la visite des fourmis doit êtreagréable aux pucerons, et que ce nest pas seulementpar soumission et par obéissance quils se prêtent ainsiaux désirs de ces dernières. Cependant il est bien diffi-cile de se prononcer à cet égard, et surtout de serendre compte de la nature de la satisfaction quilspeuvent retirer de leurs rapports avec elles. Darwin,ayant essayé dimiter les caresses antennales, en cha-touillant très légèrement des pucerons de loseille avecun cheveu fin, uobtint aucun résultat, tandis quunefourmi, qui vint immédiatement après, fut au contrairepleinement satisfaite. Le grand naturaliste navait pro-bablement pas su faire vibrer la corde sensible, et lepuceron était resté sourd à ses sollicitations.

Si toutes les fourmis se bornaient à aller traire leur