76 des Proportions
quer en quoi consiste la beauté d’une tête, bien qu’on ne puissepas démontrer géométriquement le rapport exact des yeux, dunez, de la bouche, du front, des oreilles & de toutes les parties quila composent, de maniéré qu’un peu plus ou un peu moins doivenécessairement opérer une difformité ; de même auffi dans l’Ar-chitecture quoiqu’on n’ait pas encore décidé avec précision au-cune proportion, il est pourtant vrai de dire que l’on en a re-connu pour chaque membre, dont on ne peut gueres s’écarter fanspécher par excès ou par défaut. Par exemple, on ne fçauroitdonner à un entablement plus du quart de la hauteur de fa co-lonne , ni moins du cinquième, fans risquer de tomber dans lepesant ou dans le mesquin : on sçait que la vraie proportion nedoit pas passer ces deux extrêmes inclusivement, & doit ou leurappartenir, ou k quelqu’un des degrés de l’efpace intermédiaireque l’on n’a pas encore déterminé positivement (a). II en est ainside toutes les autres proportions fur lesquelles il y a plus de deuxmille ans que l’on s’essaye ôc que l’on varie, fans avoir pu encorerien décider de bien certain.
Perrault, dans un ouvrage intitulé Ordonnances des cinq efpecesde colonnes selon la méthode des anciens , où il essaye auffi inutile-ment que l’ont fait plusieurs Architectes, de concilier les variétésdes ouvrages antiques, en assignant à chaque ordre une propor-tion moyenne entre tous les exemples connus, fait voir que cen’est ni limitation de la nature, ni la raison , ni le bon sens quisoient le fondement des beautés que l’on croit voir dans la disposi-tion & l’arrangement des parties d’une colonne, & qu’il n’est pas
(a) Il est si vrai que les proportions con-sidérées suivant de certains rapports généraux,ent une forte de beauté universelle faire pourplaire à tous les hommes, que les Chinois quiavec grande apparence n’ont rien empruntédes aûciens à cet égard, ont des ordonnancesd’Architecture assez approchantes des leurs. SiM. Chambers , dans les détails qu’il nous adonné de quelques-unes de leurs Pagodes , n’apas ajouté du sien , il est certain que l'cn-lemble général de la proportion de leurs colon-
nes , diffère peu de celui des bâtimens anti-ques. Les colonnes Chinoises ont des diminu-tions graduelles de bas en haut. Leurs fûts se ter-minent par le bas en ove formant une espece debase. Elles n’ont pas à la vérité de chapiteaux,mais, à leur place, le haut du fût est tra-versé par des poutres, attendu que les Chinoisfont ordinairement lents colonnes de bois. Leurhauteur est de huit à douze diamètres, propor-tions relatives au caractère de solidité ou d’é-légance qu’ils veulent donner à un bâtiment.