Buch 
Histoire naturelle-agricole des animaux domestiques de l'Europe : races de la Grande-Bretagne / texte de David Low ; traduit de l'anglais et annoté par M. Royer ; publiée par les fondateurs du moniteur de la propriété et de l'agriculture
Entstehung
Seite
33
JPEG-Download
 

LE MOUTON.

33

RACE DU KERRY.

l’état de la propriété, et les relations établies entre les propriétaires et les tenan-ciers du sol. 11 y a six cents ans déjà que l’Irlande a été soumise par ses cupidesvoisins, et depuis lors, ses révoltes multipliées ne l’ont conduite qu’à de fréquentesdéfaites et de nouveaux pillages. Le pays a été partagé entre les conquérans et leursadhérens, et dépouillé par eux d’une grande partie de son capital disponible pourun tems indéfini. La non résidence est devenue l’habitude de ces rares favoris de lafortune, et maintenant l’industrie de cette malheureuse contrée est assujettie pareux à un impôt plus onéreux, de beaucoup, qu’aucun de ceux qui ont été imposésjamais à une colonie conquise; aussi la contrée est-elle pauvre, ses laboureursinemployés et sa population décroissante, bien qu’elle exporte une quantité de pro-duits bruts plus considérable qu’aucun autre pays du monde. Un des effets les plusdésastreux de cet état de choses, c’est qu’il n’existe aucun intermédiaire entre letenancier et les prétentions des collecteurs de revenus; tandis qu’en Angleterre,les mœurs et la condition du peuple s’opposent à une exploitation excessive del’industrie des fermiers. Les paysans anglais ne peuvent se procurer aucune terres’ils n’ont les moyens de vivre et d’obtenir un profit convenable de leur capitald’exploitation. Le paysan irlandais, au contraire, est forcé de prendre la terre pourexister, et de partager sa faible portion avec d’autres, ou d’en payer une rente quine lui laisse que le strict nécessaire pour entretenir sa misérable vie. Aussi les reve-nus sont-ils, en Irlande , à proportion des produits du sol, infiniment plus élevésque dans aucune autre partie de l’Europe . Tant que ces détestables rapports existe-ront entre les propriétaires et les tenanciers, — que les revenus du sol seront expor-tés de la contrée qu’ils devraient enrichir, et prélevés sur les malheureux qu’ilsdevraient faire travailler et nourrir, — que les droits pécuniaires des riches proprié-taires et de la classe moyenne seront obtenus de paysans qui se contentent de la viela plus misérable, au lieu d’être dus à l’industrie de tenanciers qui possèdent lesmoyens d’améliorer le sol, nous pouvons être sûrs que les ressources du pays neseront qu’imparfaitement développées, et qu’il ne sera occupé que par des cultiva-teurs pauvres et dignes de pitié, aussi bien que par de misérables races de mou-tons (4).

(1) Qu’il nous soit permis d'appeler l’attention de nos concitoyens sur ces observations, du plus hautintérêt; il n’est malheureusement pas besoin d’aller en Irlande pour trouver cct état économique de l’agri-culture dont le savant professeur d’Edimbourg vient de faire une peinture si sombre, mais si vraie ; pourêtre d’une nature différente dans la forme, les rapports des propriétaires et des tenanciers français n’ensont pas beaucoup meilleurs, et leurs effets sont exactement les mêmes. C’est un mal profond qui exige unremède énergique ; espérons de la sagesse et de la prudence de tous qu’il ne se fera pas trop attendre, pour

le bonheur du pays!.Chez nous , il n’y a ni vainqueurs ni vaincus, et les favoris de la fortune doivent

être tôt ou tard les élus de l’intelligence; cette situation est riche dé moyens d’amélioration et d’avenir,qu’il est urgent d’utiliser. R.