LE MOUTON.
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RACE CHEVIOT.
à ce qu’il est dans les autres contrées de l’Europe situées sous la même latitude.Dans aucun autre pays, analogue sous le rapport du climat, les moutons ne sonttenus aussi complètement exposés aux intempéries des saisons, sans aucun abride parc ou de bergeries. L’absence de loups est la cause de cette liberté qu’onaccorde à ces troupeaux montagnards, et l’expérience a prouvé aux bergers que lèsanimaux peuvent être exposés sans préjudice aussi bien la nuit que le jour. Si cesmoutons étaient traités comme dans les autres parties du continent européen , par-qués et nourris dans des bergeries, et privés de prendre leur nourriture au pâturage,les montagnes de ce pays ne sauraient entretenir la cinquième partie de ce qu’ellesen nourrissent aujourd’hui.
La chose la plus difficile à procurer à ces animaux, dans les contrées élevées,c’est un supplément de nourriture et un abri pendant l’hiver. Le foin est unechose essentielle pour cette saison; lorsqu’il n’existe pas de terre capable d’enproduire, on doit établir une ou deux prairies, dont l’une puisse être annuel]e-ment fauchée. Une terre tenace et marécageuse , produisant les cypéracées (rushes)propres à ces localités, telles que le sharp-flowered, mêlé au jonc ou sprit (4), est re-cherchée comme donnant un foin grossier et peu nutritif, comparativement, maisque les moutons peuvent manger en l’absence de tout autre nourriture. Quand l’ir-rigation est praticable, on peut établir des prairies arrosées, comme le meilleurmoyen et le plus certain de se procurer la nourriture sèche nécessaire dans ces con-trées élevées. De quelque manière qu’on l’obtienne, on doit avoir une provisionde foin suffisante pour trois mois de consommation, à raison d’une livre et demie (559grammes) par jour pour chaque brebis portière, et une livre seulement (373 gram-mes) pour les moutons plus jeunes. Lorsque les petits houx (ivhins) croissent spon-tanément , on doit les conserver avec soin, comme fournissant .à la fois une nour-riture et un abri.
Lorsque les pâturages se composent de bruyères grossières, il est d’usage de lesbrûler à des intervalles de plusieurs années, au commencement du printems, pourdétruire les tiges devenues trop ligneuses et leur faire produire en abondance desbourgeons plus tendres.
L’assainissement est fort important dans les contrées occupées par ces moutons.On l’opère au moyen de tranchées étroites et ouvertes, de la largeur d’un fer debêche , établies dans les parties marécageuses du terrain, ou le long des déclivitésdes collines, partout où l’eau peut séjourner. Ces tranchées, destinées à donner un
(1) Nous supposons que les plantes désignées ici par les mots sharp-flowered et sprit doivent être la li-naigrette (Eriophorum polystachium) et diverses espèces du genre Ca/rex; mais nous n’avons pas cru devoirtraduire ces mots, dont la signification reste douteuse pour nous. R.
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