LE MOUTON.
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P*ACE CHEVIOT.
ces fermes de montagne, et lorsque le bois y réussit, on peut en établir avec pro-fit. Elles doivent avoir de quatre à cinq acres d’étendue (1 hectare 62 à 2 hectares ),afin que les arbres puissent s’y prêter un mutuel abri ; et présenter des angles sail-lans, de manière à ce que les moutons y trouvent un refuge, de quelque côté quesouffle le vent. Il faut les clore avec des murs de pierres suffisamment élevés, pourque les arbres soient protégés contre les ravages des moutons. Le pin sylvestre etle sapin sont les essences les plus recherchées pour cet usage, quoique le mélèzepuisse réussir dans des régions plus élevées. Mais le bois ne peut pas toujours êtrecultivé dans des situations si froides et si exposées, et la seule chose qui puisse leremplacer partout, ce sont de petits enclos, nommés stells, qui peuvent contenirun troupeau de moutons, et consistent en un mur de pierres sèches, de six pieds dehaut ( 1 m. 8), ordinairement circulaire, avec une étroite ouverture, et pouvantcontenir deux cents moutons au plus.
Quand les circonstances l’exigent, les moutons sont conduits dans ces lieux de re-fuge; ils y sont préservés du danger; et un tas de foin, placé soit à l’entrée ou dansl’enceinie même, permet de les nourrir tant que la neige persiste. En plaçant con-venableinent un nombre suffisant de ces stells, on aura toujours des places de sûretéauxquelles les moutons des diverses parties de la ferme peuvent être promptementtransportés.
Aucune expression ne peut donner, à ceux qui n’ont pas vu par eux-mêmes, uneidée des effets terribles des tempêtes qui ravagent, pendant l’hiver, ces régions al-pines. Dans une amusante série d’histoires, par James IIogg, vulgairement connusous le nom du berger Etterick, on trouve une description exacte des scènes dedésolation qu’elles présentent quelquefois, et dont le souvenir se conserve de géné-rations en générations dans les annales traditionnelles des bergers. 11 en décrit .une,communément appelée la neige des treize jours, dans les termes suivans : «On rap-porte que, pendant treize jours et treize nuits, la neige n’a pas cessé un seul instantde tomber; dès le premier de ces jours, la terre fut entièrement couverte de neigecongelée, et, tant qu’elle dura, les moutons furent privés de nourriture. On ne serappelait pas avoir vu jamais un froid aussi intense, et, dès le cinquième ou sixièmejour de la tempête, les jeunes moutons commencèrent à tomber dans un état de tor-peur léthargique, dont mouraient, pendant la nuit, ceux qui le soir en étaient le plusaffectés. Souvent, lorsqu’ils étaient dans cet état, l’intensité du vent glacial lestuait instantanément. Vers le neuvième ou dixième jour, les bergers commencèrentà construire, avec leurs animaux morts, un grand mur demi-circulaire qui pût pro-curer quelque abri à ceux qui étaient encore vivans; mais un tel abri ne pouvait êtreque d’une faible utilité pour des animaux chez lesquels la faim se faisait si rudementsentir, qu’on les voyait fréquemment s’arracher la laine les uns aux autres avec les