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LE MOUTON.
RACE CHEVIOT.
dents. Lorsque la tempête cessa, quatorze jours environ après son commencement,on n’aurait pas pu voir un seul mouton vivant sur les fermes très-élevées. Un grandmur informe, composé de cadavres et entourant un petit troupeau couché sur le sol,entièrement mort également, et raide de froid, était tout ce qui restait au bergerdésolé ainsi qu’à son maître. Bien que, sur les fermes moins élevées, où la neigeétait moins dure au commencement de la tempête, un grand nombre de moutonsaient traversé cette dernière, leur constitution en reçut néanmoins une si rude at-teinte que le plus grand nombre ne tarda pas à périr; aussi, le résultat définitiffut-il, que les neuf-dixièmes environ de tous les moutons du sud de l’Ecosse furentanéantis. Dans le grand district pastoral d’Eskdale-Muir, qui nourrit plus de 20,000de ces animaux, on dit qu’il ne resta vivant que 40 jeunes moutons sur une seuleferme, et cinq vieilles brebis sur une autre. La ferme de Phaupresta pendant vingtans, après ce désastre, sans tenancier et sans troupeau, et lorsqu’à la fin un hommetrès-honnête et d’un esprit libéral s’aventura à la prendreà bail, ce fut moyennant larente annuelle «d’une grande casaque et d’une paire de bas! » Elle est maintenantaffermée 500 liv. st. (42,000 fr. environ). Une longue gorge dans Tweedsmuir, quiappartient actuellement à sir James Montgomery de Staniiope, devint à la mêmeépoque une pâture commune, où chacun était libre de conduire ses troupeauxquand bon lui semblait, et qui resta près d’un siècle dans cet état. »
Il ajoute : « Les années 1709,1740 et 1772 furent remarquables, entre toutes , parleur extrême rigueur et par les ravages qu’elles ont exercés sur les troupeaux demoutons. Dans la dernière, la neige tomba depuis le milieu de décembre jusqu’à lami-avril, et fut entièrement congelée pendant tout ce tems. Des dégels partiels ve-nant toujours entretenir les fermiers dans l’espérance d’un changement prochainde température, les empêchèrent de conduire leurs moutons dans une contrée,plus basse, jusqu’à ce qu’enlin ceux-ci devinrent si faibles qu’il fut impossible deles déplacer. Jamais, de mémoire d’homme vivant, on ne vit une destruction aussigénérale que pendant cette année.
» Mais de toutes les tempêtes qui ont ravagé l’Écosse , et qu’il m’ait été donné decontempler, aucune ne peut être comparée à celle de la mémorable nuit du vendredi24 au samedi 25 janvier 1794. Cette tempête sévit avec une violence particulièresur la partie méridionale de l’Ecosse qui est entre Crawford-Muir et la frontière.Dans ces contrées, il périt dix-sept bergers, et plus de trente furent rapportés sansconnaissance dans leur logis, après qu’on eut pu les découvrir. Le nombre des mou-tons qui succombèrent est incalculable. Tous les troupeaux furent ensevelis sous laneige, sans qu’il fût possible d’en apercevoir aucune trace jusqu’au dégel, oùils furent tous trouvés morts. J’éprouvai moi-même toute la fureur de ce désastresur la ferme de Thickside : il y avait à la fois, sur cette ferme, douze troupeaux
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