LE MOUTON.
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RACE CHEVIOT.
d’excellentes brebis, qui disparurent complètement, sans qu’il fût possible d’enretrouver aucune trace pendant une semaine presque entière que dura la neige,et que l’on découvrit, après la fonte de celle-ci, tous morts et couchés avec leurtête tournée d’un même côté, comme un troupeau qui aurait été frappé de mortsubite en revenant du lavoir. Plusieurs centaines d’animaux furent entraînés dansla mer, les précipices et les étangs, par la violence de l’ouragan, et y périrent noyésou gelés; et comme les flots les transportèrent au loin, ils n’étaient presque jamaisaperçus ou recueillis par leurs propres propriétaires. La plus grande partie des ri-vières sur lesquelles il y eut le plus de sinistres se jettent dans le Solway-Frith, oùexiste une place nommée le Beds d’Esk que couvre la marée en y laissant ce qu’ellereçoit de diverses rivières. Lors du flux, après la tempête, on trouva à cet endroit ,et sur le rivage aux environs, une femme, deux hommes, mil huit cent quarantemoutons, neuf bêtes bovines, trois chevaux, quarante-cinq chiens et cent quatre-vingts lièvres, outre un nombre considérable d’autres animaux de moindre valeur.»
Quoique ces terribles tempêtes n’arrivent qu’accidentellement, les mauvaisessaisons, c’est-à-dire celles dans lesquelles le pays est couvert de neige glacée pen-dant une longue période, sont communes, et ne manquent jamais de porter une at-teinte grave à la santé des troupeaux. Lorsque ces neiges arrivent à l’époque del’agnelage, il périt un grand nombre de jeunes animaux, quelques soins qu’ilsreçoivent de la part des bergers.
La race Cheviot, naturalisée dans des contrées si froides et orageuses, et répanduedéjà sur une si vaste étendue de pays, acquiert la plus grande valeur économique parces circonstances elles-mêmes. L’attention des agriculteurs, dans le district dontcette race est originaire, a été savamment dirigée vers son amélioration. L’augmen-tation de la nourriture a produit un agrandissement de la taille des animaux et unaccroissement dans le produit en laine; mais cette dernière, ainsi que nous l’avonsdit déjà, est devenue moins fine, et a presque cessé d’être employée dans les manu-factures de draps. Par ce motif, il est aujourd’hui de l’intérêt des éleveurs de dirigerleurs efforts vers l’amélioration de la forme des animaux, et de ne considérer laqualité de la laine que comme une chose secondaire. Néanmoins, il serait désirablede voir étendre à cette laine elle-même les soins des éleveurs; une toison fine etlassée indique ordinairement la rusticité constitutionnelle des individus qui la por-tent, et doit, à cause de cela, être recherchée comme un bon caractère dans lesreproducteurs.
La race Cheviot se mélange facilement avec celle de Leicester, et on a donné unegrande extension à un système d’éducation dans lequel on produit exclusivementdes animaux de premier croisement. Les béliers employés sont de race Leicesterpure; et les produits sont supérieurs aux Cheviot primitifs,par la taille, le poids de