LE MOUTON.
dans les montagnes des Asturies , jusqu’à ce qu’il fût en état de disputer de nouveausa conquête à ses heureux vainqueurs.
Les Maures, nom que donnaient les Espagnols aux conquérans de race arabe etafricaine , apportèrent avec eux les arts de l’Orient dans leur nouvelle patrie , et lescultivèrent avec succès pendant leur longue domination. Bien que leurs possessionsse fussent divisées à la longue en plusieurs états distincts, souvent en guerre lesuns avec les autres et presque toujours avec les chrétiens de leur voisinage, ils ame-nèrent les contrées qui leur étaient soumises à un haut degré de civilisation et deprospérité. Jamais aucun peuple ne changea si subitement ses mœurs et son carac-tère, que ces sauvages et liers Arabes, dans la délicieuse contrée dont ils s’étaientemparés. Us en perfectionnèrent l’agriculture, et portèrent surtout l’art des irriga-tions à une grande perfection. Us étaient versés dans la pratique des arts mécani-ques et établirent des métiers à tisser, des forges, des verreries, des ateliers de tein-ture, et des manufactures de soieries, de coton, de papier, des tanneries, et autreschoses analogues, dans toutes leurs principales cités. Us cultivaient en outre les let-tres et les beaux arts, lorsque tout le reste de l’Europe était plongé dans l’ignorance.Leurs aqueducs, leurs ponts, leurs mosquées et autres édifices, témoignent encoreen leur faveur d’un goût, d’une intelligence et d’un savoir auxquels leurs successeursn’ont jamais pu atteindre. Mais de toutes leurs industries, celle qui a le plus de rap-port avec notre sujet, ce sont leurs manufactures de laines. Ils fabriquaient desdraps, des tapis, des serges et d’autres tissus légers, recherchés dans les payschauds. A Séville seulement, plusieurs milliers de métiers étaient constamment enactivité, et ils avaient plusieurs autres cités presque aussi importantes sous ce rap-port. Les tissus de laine d’Espagne étaient alors les plus fins de l’univers et non-seulement ils suffisaient aux besoins du pays, mais ils étaient transportés dans lesautres parties de l’Europe , en Afrique et dans toutes les contrées du Levant.
Cependant la splendide domination des Maures en Espagne fut promptement en-tourée de belliqueux ennemis, qui parvinrent, à la longue, à l’anéantir. Les chrétiens,sous leurs chefs golhs, sortant de leurs forteresses du Nord, arrachèrent successive-ment et pied à pied royaume sur royaume; enfin, au bout de sept cent quatre-vingtsans d’héroïques efforts, sans exemple dans l’histoire du genre humain, Grenade resta ’seule aux conquérans musulmans de toutes leurs riches possessions. Cette dernièrecapitula également, après une courageuse défense, en obtenant pour ses habitans laconservation de leurs biens et le libre exercice de leur religion. La chute de Gre-nade eut lieu en 4492, et c’est alors que tous les petits royaumes d’Espagne s’étanttrouvés réunis, par conquête ou héritage, entre les mains de Ferdinand et d’IsA-belle, ne formèrent plus qu’une monarchie, devenue bientôt la plus puissante del’Europe par la découverte du Nouveau-Monde e.t de ses immenses trésors.
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